Des enfants aux commandes, mais pour aller où?

Écrit par Deborah MacNamara (13 juin 2011)

Traduit par Nathalie Malo

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Il y a chez les enfants un problème croissant, qui n’a pas encore de nom. Insidieux, et d’une portée considérable, il transforme en véritable défi, quand ce n’est pas en cauchemar, le rôle de parent et parfois celui d’enseignant. Il s’agit d’un problème de domination, lorsque la hiérarchie naturelle de l’attachement est inversée et que l’enfant, au lieu d’être sous les soins de l’adulte, se perçoit comme étant celui qui tient les rênes et indique au parent comment prendre soin de lui. Les enfants qui ont pris cette position alpha peuvent être en résistance perpétuelle à ceux qui essaient de les diriger. De façon générale, ils sont très frustrés, s’emportent souvent et peuvent être très anxieux. Ils se considèrent résolument comme le chef de la maison et ne comprennent pas que d’autres tentent de prendre les commandes. Le problème de ces enfants en position dominante ou alpha est souvent interprété à tort comme une manifestation de force, alors qu’ils agissent en fait par désespoir. Pour une raison ou une autre, ces enfants ont perdu confiance en leur pourvoyeur de soins et leur seul recours est de se prendre en charge eux-mêmes.


Il y a des raisons évidentes et d’autres qui le sont moins pour qu’un enfant perde confiance en l’adulte qui devrait lui offrir soins et direction. Il est facile de comprendre pourquoi les enfants dont les parents sont négligents ou absorbés par leurs propres quêtes et dépendances peuvent transmettre à l’enfant le message qu’il est laissé à luimême. S’il s’agissait des seules conditions permettant de constater un accroissement des enfants en position alpha, alors la question semblerait claire et bien cernée. Cependant, les problèmes d’enfants en position dominante se rencontrent dans des maisonnées aimantes où des parents se dévouent pour aider leurs enfants à grandir, à devenir des individus socialement et émotionnellement responsables. Qu’est-ce qui donne lieu à une augmentation du nombre d’enfants en position de domination et quel sens pouvons-nous y trouver?


Il nous faut d’abord remonter dans le temps et nous demander : de quoi un enfant a-til le plus besoin dans sa vie? La réponse est l’attachement, l’invitation à exister en présence de l’autre, le fait d’être vu et aimé pour ce qu’on est et de ressentir un sentiment d’appartenance, de loyauté et de ressemblance envers ceux auxquels on est connectés. Dans notre recherche pour comprendre l’attachement, nous oublions habituellement que son rôle est de rendre l’enfant dépendant de ceux qui l’entourent. Cela signifie dépendre de quelqu’un pour prendre soin de lui, pour son bien être, une position bien vulnérable! En tant qu’adulte, il est facile de perdre de vue la vulnérabilité qu’implique le fait de dépendre d’autrui, mais j’y pense chaque fois que je prends un taxi ou un avion. Je me demande toujours si je peux faire confiance à cette personne pour m’amener à destination en sécurité, pour prendre bien soin de moi. Cela jette un nouvel éclairage sur l’expression «back seat driver», quand on n’est qu’un impuissant copilote.


Lorsque nous dépendons d’autrui, nous sommes aux aguets pour tout signe montrant que notre confiance est bien placée. Y a-t-il quelque chose de solide en cette personne, quelque chose sur quoi m’appuyer? Comme parent, nous pouvons avoir l’impression de transmettre cette solidité, mais la question la plus importante est de savoir si notre enfant nous perçoit ainsi. Parmi les raisons pour lesquelles un enfant pourrait trouver difficile de dépendre de ses parents, mentionnons le fait d’être né trop sensible pour notre monde. Ce genre d’enfant voit et ressent trop, ce qui lui rend difficile de se convaincre que quelqu’un puisse s’occuper de tout cela. Ces enfants sont décrits comme intenses et les parents passent souvent la remarque que de s’en occuper exige le double de travail. Une autre raison possible pour expliquer que des enfants recherchent la position dominante dans leur relation avec l’adulte vient de l’utilisation trop fréquente de méthodes de discipline basée sur la séparation (comme celle du « 1-2-3 » et des retraits) ou d’une attitude parentale égalitaire, au cours de laquelle l’adulte peut perdre sa position alpha.


La plus grave erreur que nous pourrions commettre serait de confondre leur semblant de force avec de la maturité ou une démonstration d’indépendance. Ce n’est tout simplement pas ça : leur domination est un acte de désespoir. Quand l’enfant tient les rênes, il ne peut pas s’occuper de ses besoins d’attachement et du travail qui consiste à grandir; un sacrifice doit être consenti. L’attachement l’emporte chaque fois sur la maturation, et le besoin de survivre et de prendre soin de soi s’élève en première ligne aux dépends du repos, du jeu et d’une croissance ultérieure.


La bonne nouvelle est que nous avons plusieurs moyens pour retrouver notre place dans la vie de nos enfants. Le rôle de parent ne devrait pas être un cauchemar et il y a de l’espoir quand il s’agit de retourner la situation. Derrière le comportement dominant se trouve un enfant qui désespère de dépendre et d’être vulnérable de quelqu’un qui soit responsable de lui. Notre tâche est de montrer de façon convaincante, par notre comportement, que nous sommes leur meilleure chance, que nous sommes réellement la réponse qu’ils cherchent. Notre défi est de reprendre notre place alpha dans la danse de la relation, afin qu’ils en soient libérés.

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