Épauler nos enfants

Écrit par Eva de Gosztonyi (23 novembre 2011)

Traduit par Nathalie Malo

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Mademoiselle! Mademoiselle! Il m’a traité de gros bébé lala! C’est ainsi que pourrait débuter le cycle sans fin de « qui a fait quoi à qui? ». En observant ce scénario typique de terrain de jeux, il m’est venu à l’idée que cet enfant ne demandait pas vraiment à l’adulte de « rectifier ce qui ne va pas ». Il m’apparaissait qu’il désirait plutôt que l’on comprenne que ces paroles l’avaient blessé et qu’il était frustré. De plus, il voulait probablement être rassuré que l’adulte ne le considérait pas de la sorte.


Il serait tellement plus facile si nous pouvions concevoir que ce dont les enfants ont le plus besoin de notre part est simplement notre soutien et notre compréhension. Qu’il s’agisse de commentaires blessants sur le terrain de jeux ou de problèmes plus sérieux telle que l’intimidation, les enfants se tournent vers nous afin de savoir si nous comprenons et acceptons leurs sentiments, et ainsi, ils aimeraient savoir ce que nous en pensons.

Comment pourrions-nous répondre autrement lorsqu’on qu’un enfant nous confie un évènement blessant ou frustrant ?


D’abord, nous devons démontrer à l’enfant que nous reconnaissons la situation somme étant réelle en utilisant des mots tels que : « Je suis vraiment désolé que Kevin t’ait traité de bébé. Cela a dû vraiment te blesser! ». Ou encore « Ça devait être VRAIMENT frustrant ! » Ensuite, nous devons encourager l’enfant à exprimer ses émotions, ses frustrations et ses souffrances. Cette manière de procéder leurs indique que nous comprenons ce qu’ils vivent et que nous sommes soucieux d’eux.


Il peut s’avérer complexe pour les adultes qui travaillent dans les écoles de tout simplement « prêter l’épaule » à un enfant pour l’aider à passer au travers de son expérience parce qu’on croit qu’il est de notre devoir d’intervenir dans la problématique. Cependant, de se limiter à l’expérience vécue par l’enfant puisque nous nous sentons obligés d’intercéder pour remédier à la situation. Il est plus que naturel de vouloir s’interposer et poser des gestes lorsqu’un enfant vient nous voir pour se plaindre. Cependant, tenter de découvrir ce qui s’est réellement passé, « qui a fait quoi à qui », nécessite habituellement beaucoup de temps. Ensuite, il faut décider de ce qu’il doit être fait. La plupart du temps, la solution consiste à imposer une conséquence qui doit être subséquemment appliquée et supervisée. Il s’avère qu’il y a tant de choses à faire en si peu de temps! Est-ce qu’il existe une manière plus avantageuse de bénéficier des quelques instants dont nous disposons?


Madame Lorraine Beaudry, qui est une enseignante en Alberta, m’a confié qu’au lieu de toujours intervenir, elle écoute BEAUCOUP lorsque les enfants viennent la voir pour se plaindre de leurs camarades de classe. Il est intéressant de constater le fait que malgré qu’elle ait pris le temps d’écouter leurs préoccupations et qu’elle ait honoré leurs sentiments, même les plus complexes, lorsqu’elle demande à l’élève s’il aimerait qu’elle intervienne, la majorité du temps l’enfant lui dit « non ». Quelquefois, elle discutera avec l’autre élève concerné, mais le fait de savoir que ces enfants veulent tout simplement son écoute, elle se sent moins tenue d’agir. Il est ardu de trouver le temps requis pour intervenir ainsi que pour écouter ce que les enfants veulent exprimer – elle a donc choisi d’être à l’écoute. Elle estime que cette approche prend infiniment moins de temps et qu’elle est plus satisfaisante dans l’ensemble. En choisissant cette façon d’intervenir, elle a perçu une différence considérable dans le fonctionnement et le climat de sa classe.


Lorsque les enfants sentent notre « présence », cela crée un effet calmant sur leur système nerveux. Pour que soyons « présents », en tant qu’adultes, nous devons être convaincus que ce que nous accomplissons dans le moment présent est tout aussi important que ce que nous ferons dans le moment suivant. Il existe des moments où nous mettons tellement d’emphase sur ce que nous devons faire par la suite que nous en oublions l’importance d’écouter.


Nos enfants ont besoin de savoir que ce qu’ils ressentent est important et ils ont également besoin de savoir que nous sommes prêts à écouter leurs préoccupations. Ils veulent savoir ce que nous pensons d’eux, et une fois rassurés, ils peuvent s’accrocher à cette certitude pendant un certain temps, et ce, spécialement, lorsqu’ils expérimentent de la brutalité avec leurs pairs. Évidemment, nous devons être à l’affût des situations qui nécessitent une intervention puisque nos élèves comptent sur nous pour les protéger. Néanmoins, il est possible que ce ne soit pas nécessaire de le faire aussi souvent que nous ne le croyons.


Je lance un défi à ceux d’entre vous qui travaillent avec des enfants. Essayez cette expérience pour une journée ou deux. Soyez aux côtés de l’enfant en reconnaissant ses sentiments ainsi que sa douleur. Acceptez la frustration qu’il ressent ou l’injustice de ce qu’il vient de se passer. Si l’enfant vous demande d’agir, dîtes-vous que cela peut se faire ultérieurement. Il est important de demeurer dans le moment présent et de continuer de lui demander si (il ou elle) se porte bien. Si vous agissez de la sorte, je suis convaincue que vous serez surpris des résultats.


Mes remerciements à Lorraine Beaudry, enseignante en Alberta, qui a partagé ses expériences alors que je lui ai demandé du feed-back sur son « projet expérimental ».

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