Qu’est-ce qui motive un comportement? En réalité, il existe toujours une raison.

Updated: May 30

Écrit par Hannah Beach (16 avril 2020) Traduit par Nathalie Malo

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https://hannahbeach.ca/whats-behind-the-behaviour-theres-always-something/




Imaginez une plante qui se trouve dans une fenêtre et dont les feuilles sont fanées. Votre première idée pour lui venir en aide serait probablement de déterminer ce dont elle a besoin :




  • Est-ce qu’elle manque d’eau? Est-elle détrempée?

  • Est-ce qu’elle a assez de lumière?

  • Est-ce qu’elle nécessite des soins particuliers parce que vous l’avez négligée pendant quelques semaines?

  • Est-ce une plante fragile qui requiert des conditions optimales pour s’épanouir?

Or, il est possible que vous soyez portés à réfléchir assidûment aux diverses modalités qui doivent être prises afin d’assurer son rétablissement. D’ailleurs, il est fort probable que vous ne pensiez aucunement que cette plante ait un problème particulier. Lorsqu’il s’agit d’une plante, il semble évident qu’elle sera en mesure de se développer adéquatement si elle évolue dans un environnement qui lui est propice. Toutefois, si elle ne prospère pas, cela signifie que certains éléments qui figurent dans son milieu ou la manière dont elle est traitée, ne sont pas favorables à sa croissance.

Il en est ainsi pour les enfants, mais d’une certaine façon, nous avons tendance à l’oublier.

Le flétrissement de la plante nous procure des informations primordiales

Le comportement d’un enfant nous en dit long sur ses besoins et ce, au même titre que le flétrissement le fait pour la plante. En effet, le comportement d’un enfant constitue un cadeau qui nous transmet des renseignements précieux qui peuvent être extrêmement utiles et ce, bien que ce comportement soit problématique.


Il peut s’avérer particulièrement ardu de redéfinir notre perception d’un comportement troublant tel un cadeau; il est indéniable que j’ai du mal à y parvenir lorsque je me trouve au milieu du chaos engendré par des comportements problématiques! Pourtant, c’est effectivement de cela qu’il s’agit. En effet, le comportement correspond à une petite fenêtre qui nous permet de pénétrer dans l’univers intérieur de l’enfant. Ainsi, il nous aide à percevoir si quelque chose fonctionne ou pas pour l’enfant.


Le fait de se rappeler que le comportement d’un enfant nous transmet des renseignements précis change la donne. En vérité, cela nous aide à identifier la nature des besoins de l’enfant de manière à ce qu’il soit en mesure de se développer convenablement. Plutôt que de réprimander ou de s’emporter en présence d’un enfant qui exhibe un comportement inapproprié, il serait souhaitable de se remémorer que, à l’égal d’une plante, ce que nous observons de l’extérieur nous explique ce qui est en train de se produire à l’intérieur de lui.

Il convient de chercher à comprendre avant de tenter de corriger le problème

Parfois, il nous faut du temps pour déterminer le type de conditions qui conviendraient à chaque enfant, de sorte que le changement que nous espérons voir émerger de l’intérieur proviendrait d’une transformation interne qui serait profonde et durable. Le simple fait de modifier notre façon de penser pour aborder le problème de cette manière semble paradoxal en soi et ce, alors que nous évoluons dans une culture où le paradigme dominant privilégie la correction d’un comportement superficiel au détriment de la compréhension quant à ce qui motive ce comportement.


Reportons-nous de nouveau à cette plante fanée qui se trouve proche de la fenêtre. Si nous approchions cette plante au moyen d’un paradigme comportemental, notre attention se porterait intégralement sur les correctifs à apporter afin qu’elle corresponde à notre représentation de celle-ci. Par conséquent, nous pourrions essayer de redresser la plante par le biais d’un système de piquets et de fils de fer, ou d’un treillis. Afin de pousser la situation à l’extrême, il serait possible de dire à la plante que le simple fait de se tenir droite ferait en sorte qu’elle récolterait le prix de la meilleure posture! Ou bien, nous pourrions littéralement crier à la plante ceci : « Allez, la plante! Reprends le dessus! Si tu ne le fais pas, je ne t’arroserai pas pendant une autre semaine! »


Si vous croyez que cette analogie semble insensée, c’est parce que cette approche s’avère complètement ridicule et inappropriée pour une plante qui est fanée et qui manifestement requiert de l’attention et des soins qui diffèrent de ceux dont elle bénéficie présentement. Et pourtant, notre culture aborde actuellement et ce, de façon similaire, la majorité des problèmes auxquels nos enfants et nos jeunes sont confrontés. D’ailleurs, nous instaurons fréquemment des systèmes complexes de récompenses, d’incitatifs et de punitions qui sont destinés à enseigner aux enfants à ne pas se frapper entre eux, ou pour les inciter à nous écouter ou à « bien se comporter ». Bien que ces tactiques contribuent à mettre un terme aux comportements problématiques à court terme, elles ne nous permettent aucunement de les comprendre et de traiter leurs causes profondes. Par ailleurs, ces mesures ont également tendance à exiger un renforcement continu, et ce pour la simple raison qu’elles ne parviennent pas à résoudre le problème sous-jacent.


Vous trouvez que cela semble pénible? En effet, oui ce l’est! Croyez-moi, je vous comprends entièrement puisque je l’ai déjà vécu.


J’ai découvert qu’il était plus avantageux d’aborder les comportements problématiques avec une approche développementale que par le biais d’une approche superficielle. Dans le contexte de l’approche développementale, le comportement est considéré avant tout comme un indice de ce qui peut animer l’univers intérieur de l’enfant. Si un enfant frappe autrui, n’écoute pas ou crie à tue-tête, l’approche développementale reconnaît que le comportement est intimement lié à quelque chose de spécifique. En effet, ce comportement a sa propre raison d’être. Tout comme une plante fanée, le comportement de l'enfant nous informe d'un besoin qui n'est pas comblé.


Cependant, cette façon de procéder n’implique aucunement que nous devons laisser le chaos régner. Il est évident que nous devons intervenir relativement aux comportements destructifs et perturbateurs en cours. Néanmoins, les mesures que nous utiliserons devrons s’appuyer sur ce que nous dévoile ces comportements. Conséquemment, en cherchant à comprendre les émotions subjacentes et/ou les circonstances environnementales qui génèrent des comportements problématiques, il devient possible de créer de véritables changements. Certes, cette méthode peut nécessiter davantage de temps, mais elle permet de cerner les origines du problème et ainsi, de susciter un changement qui sera profond et durable. Somme toute, cela signifie que nous ne nous contentons pas d’arrêter le comportement en question pour une période de dix minutes ou à un moment précis!

Lorsque j’ai commencé à travailler selon les prémisses du paradigme développemental, je rédigeais des notes pour me souvenir de chercher au lieu de corriger. Or, plutôt que de dire à un enfant : « Arrête de faire ça! »ou « Calme-toi! », je me demandais ceci : « Que puis-je faire présentement pour que cet enfant se sente plus calme? » Si mes élèves étaient turbulents et désorganisés, ou s’ils ne m’écoutaient pas, au lieu d’hausser la voix, de les soudoyer, ou de les punir, en tant que responsable je réfléchissais à ces questions : « Qu’est-ce que je dois faire pour que cette dynamique se transforme? Qu’est-ce que ce groupe d’enfants nécessite? »


Cette nouvelle optique ne signifie pas que les circonstances changeaient systématiquement et immédiatement, mais qu’en est-il du fait de modifier ma façon de penser afin de me concentrer sur les besoins des enfants? Eh bien, cela a tout transformé! En effet, ma perception des enfants dont je m’occupais a été altérée ainsi que celle qui était afférente à mon rôle d’adulte en charge.

Et pourtant, comment est-il possible de connaître les besoins des enfants ?!

Chaque individu est unique en soi. Cependant, nous partageons tous des besoins universels :

  • Nous aspirons tous à établir des connexions avec autrui.

  • Nous avons tous besoin d’espace pour nous exprimer.

  • Et chacun d’entre nous désire disposer d’un endroit sécuritaire afin de pouvoir ressentir ses émotions.

À mon avis, les comportements qui s’avèrent être davantage problématiques pour les enfants sont issus du fait que l’un des besoins mentionnés ci-haut n’est pas satisfait. En se basant sur ces derniers, il est possible de découvrir ce que l’enfant nécessite en termes d’importance afin d’assurer son bien-être. De plus, souvenez-vous que le développement émotionnel sain des enfants est le fruit d’une relation sécurisante avec un adulte bienveillant, de même que de la mise en place d’un lieu sûr où il leur est possible d’éprouver et d’exprimer leurs sentiments en toute sécurité.

Or, lorsque nous sommes confrontés à des comportements qui sont problématiques, nous devrions tout simplement commencer par nous poser des questions simples qui nous permettent de déterminer ce qui est requis :

  • Est-ce que cet enfant se sent en sécurité avec moi?

  • Est-ce que cet enfant nécessite davantage de temps de connexion?

  • Est-ce qu’il se sent spécial et important aux yeux d’un adulte bienveillant qui se trouve dans sa vie?

  • Est-ce qu’il dispose de l’espace nécessaire pour exprimer et assimiler ses émotions?

  • Est-ce que sa journée est planifiée si rigoureusement de sorte qu’il n’y a aucune place pour des moments paisibles et empreints de douceur à partir desquels les sentiments peuvent émerger?

  • Est-ce qu’il lui faut davantage de possibilités d’expression et de libération par le jeu?

  • Dispose-t-il d’un lieu sécuritaire dans lequel il peut ressentir ses sentiments imprégnés de vulnérabilité?

Il se peut que ces questions vous semblent particulièrement accablantes, et ce, notamment en raison de notre contexte culturel actuel et de l’approche que nous favorisons en matière d’éducation. Bien qu’il soit vraisemblable que nous soyons habitués de nous poser de telles questions, il peut arriver que nous nous sentions perdus quant aux réponses. En réalité, j’ai déjà vécu de telles expériences et c’est pour cette raison que j’ai décidé d’être la co-autrice du livre « Reclaiming Our Students ». Cet ouvrage a pour but d’aider la majorité des enseignants à comprendre ce qui se cache derrière les comportements perturbateurs qu’il est possible d’observer, et de renouer avec les principes fondamentaux de la relation, du jeu et de la sécurité émotionnelle en classe. Or, ces principes fondamentaux sont indispensables à notre bien-être ainsi qu’à celui de nos élèves.

Devenir des jardiniers

Au fil du temps, j’en suis venue à me considérer telle une jardinière. Afin de m’en souvenir, j’ai décidé de coller sur mon mur la citation suivante:

« Le jardinier ne fait pas pousser une plante.

Le travail d’un jardinier est de créer des conditions optimales. »

-Sir Ken Robinson

Quoiqu’il en soit, je peux affirmer que je suis loin d’être une jardinière parfaite. Effectivement, il reste un bon nombre de plantes dont je n’ai pas encore saisi le fonctionnement et par conséquent, la manière de les faire pousser. Toutefois, ce que je sais c’est que tout comme les plantes, chaque être humain naît avec un certain potentiel. Ainsi, ce dernier s’épanouira si les conditions externes lui sont favorables.


En tant que gardien du cœur des enfants, il est essentiel de préserver ces connaissances et ce, pour ne pas abandonner les enfants qui prennent davantage de temps pour grandir ou ceux qui ont expérimenté des conditions défavorables qui ont affectées leur développement. En outre, il importe de souligner qu’un changement durable nécessite du temps. Certes, la croissance d’un enfant peut s’avérer modeste, embryonnaire et fragile. Néanmoins, elle s’épanouira avec le temps dans la mesure où nous chercherons tout d’abord à la comprendre, plutôt que d’essayer de la corriger.


Cordialement,

Hannah





Hannah Beach est une éducatrice, auteure et conférencière primée. En 2017, elle a été reconnue par la Commission canadienne des droits de la personne comme l'un des cinq principaux acteurs du changement au Canada. Elle est co-auteure de Reclaiming Our Students: Why Children Are More Anxious, Aggressive, and Shut Down Than Never — And What We Can Do About It (publié en avril 2020). Elle offre des services de développement professionnel à travers le pays et fournit des conseils en santé émotionnelle aux écoles.

Trouvez-la en ligne à https://hannahbeach.ca


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