Pourquoi les salles de classe requièrent des rituels d’appartenance au même titre que les familles?

Updated: Aug 31

Écrit par Hannah Beach (30 janvier 2020)

Traduit par Nathalie Malo

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La plupart d’entre nous reconnaissent d’eux-mêmes les bienfaits de concevoir une salle de classe dont l’atmosphère est agréable et accueillante. À vrai dire, nous sommes conscients que les êtres humains s’épanouissent pleinement quand ils se sentent aimés, appréciés par les autres et à l’aise dans l’environnement dans lequel ils évoluent.


Dans cette optique, nous pourrions nous rendre dans nos salles de classe à tous les matins, en étant empreints de chaleur et de nouvelles idées qui nous permettraient de développer une communauté d’apprentissage qui soit solidaire. De plus, il est tout à fait naturel de vouloir instaurer une culture de plaisir dans la salle de classe et ce, spécialement lorsque nous sommes en présence d’élèves qui se montrent curieux et enthousiastes et qui nous perçoivent comme des mentors. Toutefois, nos idées ne se concrétisent pas toujours conformément à nos attentes. Conséquemment, si nous sommes confrontés à des élèves qui se montrent difficiles et qui entravent nos efforts en raison de comportements qui sont à la fois irrespectueux et indisciplinés, il est fort probable que notre propre sens de la passion et du plaisir s’en trouvera amoindri (ce qui est tout à fait compréhensible!).


Face à notre frustration, nous pourrions expérimenter avec tous les moyens imaginables pour faire en sorte que nos élèves nous écoutent. Certains d’entre nous peuvent tenter de recourir aux menaces et aux punitions, telles que la privation de récréation. Tandis que d’autres peuvent utiliser des mesures incitatives, notamment la « fête pizza », au moment où une classe se serait qualifiée comme étant « suffisamment sage » au cours d’une semaine donnée.


Le principal problème réside dans le fait que pour les classes les plus problématiques et pour les élèves qui sont les plus exigeants, ces pratiques fonctionnent rarement. En réalité, elles peuvent être efficaces une ou deux fois, mais aucunement à long terme. Par ailleurs, la classe peut commencer à s’identifier comme étant la « mauvaise » classe et, à ce titre, se sentir abattu. Ou, il est possible que les élèves ne disposent simplement pas de l’aptitude émotionnelle ou développementale requise pour être suffisamment « bons », et ce, de manière à éventuellement obtenir leur récompense. Par-dessus tout, ces tactiques ne se retrouvent pas au cœur de ce qui incite réellement les êtres humains à vouloir adopter une conduite appropriée.


Notre enthousiasme à vouloir susciter un climat dans la classe qui est plaisant est aisément compromis lorsque nous sommes confrontés à des comportements perturbateurs. Et pourtant, c’est précisément à ce moment que nous devons redoubler d’efforts dans le but de constituer une communauté d’apprentissage qui se veut enrichissante pour les élèves concernés.


En outre, l’établissement des rituels d’appartenance entrent en jeu dans un tel contexte. Il s’agit de routines éprouvées qui nous procurent des points de connexion qui sont constants et récurrents. Or, ces derniers sont essentiels afin d’assurer le bien-être des salles de classe, des familles…ou de tout groupe qui vivra ou travaillera conjointement!


Nous vivons à une époque qui est marquée par la déconnexion

Les êtres humains nécessitent des liens avec autrui puisqu’elles sont nécessaires à leur survie ainsi qu’à leur sécurité.

Vous pouvez acquérir une nette compréhension de l’importance des connexions en considérant, pour un instant, tous les moyens dont nous disposons actuellement pour nous « connecter » avec d’autres individus, et ce, que ce soit nos téléphones, nos appareils numériques ou les médias sociaux. Effectivement, nous sommes plus « connectés » que jamais, mais il ne s’agit pas du type de relations dont nous avons réellement de besoin, car celles-ci ne nous transportent pas vers le repos émotionnel ni vers la satiété intérieure. Malheureusement, ces modalités de connexion nous entraînent généralement en un lieu dans lequel nous ressentons davantage d’isolement. En vérité, elles peuvent être blessantes et engendrer des désirs obsessifs pour des connexions superficielles telles que des « j’aime » sur nos publications dans les divers médias sociaux; lesquelles ne nous satisfont pas ou ne nous comblent pas vraiment.


Il paraît évident de mentionner que les enfants requièrent plus que jamais des attachements équilibrées issues de la « vraie » vie et ce, avec les personnes qui en ont la charge (notamment, leurs parents, leurs enseignants, leurs grands-parents). Dans cet ordre d’idées, il serait bénéfique qu’ils entretiennent des liens enrichissants par rapport à la nature, à eux-mêmes, au monde et à tous ceux qui les entourent.


L’attachement représente notre superpuissance

Il importe de signaler que nos élèves seront plus susceptibles d’écouter et de s’impliquer quand nous instaurons des salles de classe dans lesquelles ils se sentent connectés à nous. Par contre, lorsque nous sommes en présence d’élèves qui sont contrariants, il est fort probable que la dernière chose que nous désirions faire est d’établir une connexion avec eux. En fait, leur comportement peut nous donner envie de retirer notre chaleur, de les repousser ou leur donner une leçon. Toutefois, nous devons garder à l’esprit que se sont ces élèves et ces classes qui éprouvent davantage un besoin de se sentir connectés à nous et qui bénéficieraient de telles connexions.


D’autre part. il peut être considérablement pénible (du moins, il m’arrive de trouver que c’est loin d’être évident!) de puiser au fond de soi-même et de se souvenir que l’attachement l’emporte sur tout. En effet, au moment où les élèves se montrent exceptionnellement confrontants, il est important de se rappeler qu’il s’agit d’une période propice pour approfondir notre lien avec eux plutôt que de s’en détourner.Néanmoins, il peut être malaisé de se remémorer d’appliquer ce principe et ce, principalement quand la situation est devenue hors de notre contrôle et que nous sommes stressés.


Intégrer des rituels d’appartenance

Il convient de souligner que ce qui est formidable quant aux rituels est qu’ils sont incorporés à la « routine » de notre salle de classe et ce, en dépit des circonstances. En réalité, ces coutumes intégrés nous enlèvent la responsabilité de devoir nous souvenir. Ils subsistent également alors que nous ne détenons pas en nous la motivation d’initier une expérience de connexion avec nos élèves parce que nous nous sentons stressés ou peu proches d’eux. Ces pratiques nous confèrent une structure sur laquelle nous pouvons nous appuyer et ce, que ce soit dans le bons comme dans les mauvais moments.


Ces habitudes intégrées d’appartenance contribuent à favoriser une culture de plaisir. Or, tout comme le souper familial peut assurer une certaine proximité entres les membres d’une famille, ces pratiques sont en mesure d’empêcher le système afférent à la salle de classe de se détériorer. Somme toute, les rituels représentent l’élément qui nous unit.


Nous pouvons introduire des rituels d’appartenance dans nos salles de classe par le biais de moyens simples qui rassembleront tous les parties du groupe. Entre autres, il peut s’agir de pratiques subtils qui permettent à nos élèves de se sentir détendus et connectés à leurs enseignants. De plus, nous pouvons également avoir recours à des pratiques qui servent à rapprocher tous les individus impliqués, à savoir les élèves et les enseignants et ce, indépendamment de leurs différences, de leur âge, de leur milieu, de leur origine et de leurs compétences et ce, afin de se retrouver au sein d’un contexte qui est décontracté et agréable.


Voici quelques exemples d’activités simples qu’il est possible d’utiliser :

· Vous pouvez planifier un vendredi après-midi dédié à l’heure du conte (cette pratique peut s’avérer être particulièrement divertissante pour les élèves qui sont plus âgés et qui sont moins susceptibles de prendre part à des activités de lecture comme le font les enfants qui apprennent à lire). À ce propos, vous pouvez demander aux élèves d’amener un oreiller, de se mettre à l’aise et de se détendre pendant que vous leur faites la lecture! Par ailleurs, le fait de fermer les rideaux dans la pièce peut faire en sorte que l’ambiance soit chaleureuse ainsi qu’à rendre ce moment de la journée spécial et magique pour les élèves.

· Vous pouvez organiser un repas-partage qui se tiendrait au début de chaque mois. En principe, il n’est pas nécessaire qu’il soit élaboré. D’une façon générale, cela pourrait se résumer à un simple repas-partage de biscuits ou à ce que chacun apporte un fruit dans le but de se réunir pour préparer une salade de fruits ensemble.

· Vous pouvez choisir une période de temps vouée au chant collectif. Le but est de sélectionner une journée de la semaine durant laquelle vous pouvez vous rencontrer pour chanter en chœur, et ce, ne serait-ce que pour 10 minutes, et d’attribuer un nom à cette période déterminée telle que la Mélodie des lundis! Ou les Mardis de la musique, etc.

· Vous pouvez vous rendre à l’extérieur dans l’optique de profiter d’une activité en plein air. En d’autres mots, vous pouvez effectuer conjointement une excursion hebdomadaire dans la nature ou vous consacrer à une séance de jardinage.

Je crois désormais que vous avez saisi de quoi il s’agissait. Il importe de préciser que la nature des activités que vous privilégierez importe peu. En tant qu’éducateurs, j’estime que chacun d’entre nous trouvera les moyens qui lui conviennent de manière à établir des rituels d’appartenance pour nos communautés d’apprentissage, et cela en fonction des élèves que nous avons sous notre tutelle, de nos ressources et de nos propres inclinations vers certaines activités.


Il est primordial d’incorporer ces rituels à la culture de la classe

Dans ce contexte, nos élèves savent qu’ils doivent s’attendre à l’emploi de ces pratiques et au fait qu’ils peuvent se fier sur elles. Plus spécifiquement, ils réaliseront notamment, par le biais de ces derniers, que nous voulons nous amuser avec eux, que nous apprécions d’être en leur présence et que nous chérissons la connexion que nous entretenons avec eux. Néanmoins, s’ils ne se rendent pas compte immédiatement de cet état de fait, il importe de souligner que progressivement leur sentiment d’attachement à notre égard se développera. Par conséquent, nous pouvons nous appuyer sur cette structure pour nous aider à maintenir la cohésion de notre classe et la proximité de nos élèves et ce, même quand les circonstances s’avèrent défavorables.


Dans ma propre famille, il est arrivé à maintes reprises que nous traversions une journée difficile et ce, en raison de désaccords et de malentendus qui constituent un aspect normal des relations humaines. Si je réfléchis à ces moments précis, je constate que, peu importe ce qui se produit, nous prenons toujours le temps de nous asseoir ensemble pour le souper et de nous livrer à notre jeu quotidien « des hauts et des bas », au cours duquel nous nous racontons mutuellement les moments forts et faibles de notre journée. Bien qu’il existe à priori une certaine déconnexion ou une tension qui se fait sentir au début du repas, nous nous faisons un devoir de nous écouter les uns les autres. En procédant de la sorte, un contact visuel s’ensuit, et éventuellement, nous nous adoucissons et nous nous sentons connectés de nouveau. Cette façon de faire est tous aussi valable pour notre soirée de cinéma en famille du vendredi que pendant la célébration des fêtes.


Je dois avouer que je ne sais pas comment nous pourrions fonctionner en tant que famille si nous n’avions pas accès à ces rituels de connexion. À vrai dire, je suis convaincue que sans ces derniers, je rencontrerais davantage de résistance de la part de mes enfants lorsque je tente de les guider. En réalité, j’imagine que nous finirions par flotter dans nos univers respectifs sans détenir un véritable sens de l’autre. Or, il est impératif d’indiquer que nous avons besoin de ces pratiques pour nous maintenir ensemble à titre de système.


En cette époque de déconnexion, nous devons nous rappeler que nos élèves requièrent des rituels pour les aider à réaliser que nous apprécions infiniment le lien que nous partageons avec eux. En effet, les élèves sont plus susceptibles de nous écouter au moment où nous entretenons un sentiment de proximité avec eux de manière soutenue. D’ailleurs, ils se sentent plus en sécurité en raison de ce lien qu’ils ont forgé avec nous. En outre, nos élèves commencent à se sentir remarqués, appréciés et à disposer d’un sentiment d’appartenance grâce à ces expériences récurrentes qui se trouvent alimentées par notre chaleur. Selon notre rôle d’éducateur, nous pouvons nous en remettre à ces rituels d’appartenance afin de nous rapprocher de nos élèves, de préserver la connexion humaine et de créer des communautés d’apprentissage qui sont connectées et agréables où chaque individu peut pleinement s’épanouir.


Certains de mes plus beaux souvenirs, à titre d’éducatrice, concernent ces moments privilégiés dans lesquels je prenais plaisir à être en compagnie de mes élèves sous cette forme qui est profondément humaine. J’apprécierais que vous me parliez des rituels que vous aimez pratiquer dans votre salle de classe avec les élèves dont vous avez la charge. N’hésitez pas à partager vos expériences personnelles ou vos idées de manière à ce que nous puissions les essayer!

Cordialement,

Hannah Beach

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