Les systèmes de gestion du comportement I: plus de mal que de bien?

Première partie : L’emploi de l’agenda


Écrit par Eva de Gosztonyi (19 janvier 2017)

Traduit par Nathalie Malo

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Pendant plus de quarante ans, j’ai travaillé dans les écoles à titre de conseillère auprès des administrateurs, des professeurs et du personnel qui se dévouent à éduquer nos enfants. À titre de psychologue scolaire, il m’a été fréquemment demandé de les assister lorsqu’il s’agissait d’enfants qui manifestent des troubles du comportement.

Tout au long de ma carrière, j’ai suggéré une multitude de types d’interventions, dont certaines ne se sont pas toujours avérées efficaces.


Suite à cette réalisation, j’ai opté pour une perspective différente et j’ai révisé les stratégies comportementales qui sont les plus connues et les plus utilisées dans les écoles. Somme toute, j’ai constaté que plusieurs d’entre elles causaient plus de problèmes qu’elles suscitaient de solutions.


Au moyen d’une perspective développementale, j’en suis venue à constater que le comportement chronique « inapproprié » se voulait un indice que l’enfant éprouve des difficultés en lien avec certains aspects de son développement, et ainsi, qu’il démontrait de l’immaturité émotive. De plus, Il est possible que l’enfant soit victime de circonstances de vie pour lesquelles il détient peu de contrôle et qui l’incitent à devenir plus réactif aux situations facilement gérables pour d’autres enfants. En ce qui concerne ces deux scénarios, ces enfants ne pourrons rectifier leur comportement en «redoublant leurs efforts». C’est pourquoi que depuis plusieurs années, j’ai dissuadé les écoles à utiliser une feuille de route pour dénoncer le comportement indésirable de l’enfant à sa famille.

Plusieurs écoles emploient des symboles de visages verts, jaunes et rouges en référence à des « bonnes », « pas si bonnes » et « mauvaises » journées. À la fin de journée, le professeur ou le suppléant cotent le comportement de l’enfant selon ce modèle dans leurs agendas.


Considérons pour un instant les sentiments de l’enfant qui doit apporter un « visage rouge » à la maison et qui doit le remettre à maman ou papa. Peu d’entre nous veulent déplaire aux personnes aimées et dont nous dépendons. En fait, la plupart des adultes préfèrent ne PAS confier leurs transgressions. Prenons par exemple, la dernière fois où nous avons reçu un billet de stationnement ou de contravention, il est fort probable que nous ne nous soyons pas pressés pour divulguer cette transgression à nos proches. En effet, il est courant de remarquer que les dernières personnes auxquelles nous admettons nos écarts de conduite soient les êtres aimés. Ce processus est normal puisque nous n’aimons pas voir la déception dans leurs yeux, et ce, bien que nous soyons conscients que leur amour n’est pas conditionnel à des transgressions telles que la façon dont on se stationne ou conduit. Conséquemment, il est évident que les enfants qui ne se comportent pas adéquatement, se sentent de la même manière que nous.


Un parent dont le comportement de l’enfant était supervisé de cette façon a bien voulu me raconter cette histoire : Lors de son retour à la maison, elle ne disposait que de quinze minutes pour se consacrer à son enfant. Cette femme voulait que ces précieuses minutes soient utilisées afin de renouer avec son fils, et ce, peu importe ce qui s’était passé à l’école. Malheureusement, il refusait de lui tenir la main et d’interagir avec elle les journées où il avait reçu un visage jaune ou rouge, bien qu’elle n’ait aucunement l’intention de parler de son comportement. Il savait qu’elle serait déçue lorsqu’elle ouvrirait l’agenda et subséquemment, il se mettait en retrait en prévision de sa réaction éventuelle.

La réaction de cet enfant est venue me confirmer que nous ne nous rendons aucunement service lorsque nous demandons à l’enfant d’amener ces rapports sur une base régulière à ses parents. Il est primordial de se souvenir que l’anticipation du mécontentement du parent est difficile à supporter pour l’enfant. Il arrive que pour ne pas faire face aux répercussions des rapports, certains d’entre eux « égareront leur agenda » (il appert que de nombreux agendas soient lancés par la fenêtre de l’autobus scolaire), mentiront sur ce qui s’est réellement passé, blâmeront les autres élèves et adultes de l’école, ou ils s’engourdiront pour éviter de ressentir. Par la suite, ils feront face à plus de problèmes pour avoir perdu des agendas, avoir menti, et ne pas avoir démontré de compassion.

Les enfants requièrent un climat de calme et de repos afin que leur cerveau puisse se développer de manière optimale. Si les enfants sont continuellement préoccupés de la réaction de leurs parents en lien avec leurs comportements, cela provoquera une hausse de leurs hormones de stress, qui à leurs tours, si elles sont secrétées excessivement, engendreront un retardement par rapport au développement de leur cerveau.


Il faut tenir compte d’un second facteur à cette équation, soit les parents. Il est attendu des parents qu’ils puissent influencer l’enfant à faire mieux le lendemain puisqu’ils sont informés de la manière dont l’enfant s’est comporté à l’école. Il est possible que cela fonctionne lorsque la mauvaise conduite de l’enfant est un évènement inhabituel. Cependant, lorsque le comportement indésirable est dû à l’immaturité, à l’impulsivité ou à une réaction excessive, la plupart des parents ne savent pas comment procéder. Ils tentent de converser avec l’enfant, de le câliner, de lui remémorer qu’il ne doit pas agir de la sorte, ils utilisent le chantage ou ils lui infligent une conséquence. Malheureusement, aucune de ces tactiques ne peut faire en sorte que l’enfant grandisse plus rapidement.


Une enseignante m’a raconté l’histoire suivante : Un jour, un garçon dans sa classe l’a suppliée de ne pas l’envoyer à la maison avec un autre visage « rouge », et ce, bien qu’il fût conscient qu’il le méritait. Lorsqu’elle lui a demandé la raison de cette requête, l’enfant lui a répondu qu’il aurait de sérieux problèmes avec son père s’il devait en apporter un autre à la maison.

La même journée, je suis allée visiter la salle de classe de cette enseignante et nous avons discuté de cette situation. Il s’est avéré que ce garçon avait été abandonné par sa mère et que son père l’élevait seul, De plus, cet homme s’était blessé au travail, il était en arrêt de travail et en convalescence à la maison.


J’ai soudainement réalisé que cet homme devait être désespéré au plus haut point. Il avait tout essayé pour « réparer » son fils et il ne pouvait envisager comme moyen de correction qu’une discipline sévère pour inciter son fils à se comporter convenablement. Lorsque j’ai partagé cette observation avec l’enseignante, elle a immédiatement sympathisé avec le père de l’enfant. Je lui ai demandé de ne plus faire parvenir des rapports sur le comportement de son fils à la maison. Elle a acquiescé et ensuite, nous avons échangé sur d’autres moyens pour aider ce garçon à gérer ses journées à l’école.


Ce qui a retenu mon attention dans cette situation, c’est la manière dont ce système perturbe fondamentalement la relation parent-enfant. À la fin de chaque journée, nous désirons tous être accueillis avec joie par ceux que nous chérissons le plus. Nous voulons savoir, que peu importe les circonstances, ils seront heureux de nous voir et que nous pouvons prendre le temps de savourer l’affection qu’ils portent à notre égard. Voilà les ingrédients qui nous permettront de nous préparer à faire face aux exigences du lendemain.


Malheureusement, lorsque les mauvaises nouvelles parviennent à la maison, personne ne peut se détendre. Les parents tentent désespérément de faire ce qu’ils peuvent afin d’aider l’enfant à se comporter adéquatement. Bien qu’ils n’appliquent pas de conséquences à la maison, leur déception impute sur la qualité de leur soirée.


Que peut-il être fait à la place? Lorsqu’un enfant manifeste des troubles de comportement chroniques, l’école ainsi que les parents doivent se rencontrer sur une base régulière pour discuter de la meilleure façon pour aider les enfants à s’en sortir (ou de faire face à la situation).


L’approche développementale n’encourage pas les enfants à faire tout ce qu’ils désirent lorsqu’ils le désirent. Néanmoins, lorsque la discipline conventionnelle ne résout pas le problème, il revient aux adultes de trouver un moyen d’inciter les enfants à faire mieux. Les parents doivent penser à mettre leurs enfants au lit plus tôt et à trouver des routines qui les encourageront à être mieux organisés au cours de la journée.


Les écoles qui ont adopté une approche développementale tentent de remarquer où l’enfant éprouve des difficultés au cours de la journée. Elles essaient de trouver des moyens pour compenser pour l’immaturité ainsi que l'impulsivité. Certains élèves sont assignés à des activités structurées et supervisées par des adultes lors de la récréation. D’autres sont encouragés à éviter des corridors bondés en restant à l’écart jusqu’à ce que l’atmosphère se calme de nouveau. Lorsqu’un enfant passe au travers d’une journée qui est particulièrement difficile, un adulte prend les devants pour communiquer avec les parents, et ce indépendamment de l’enfant, dans le but de chercher des renseignements afin de comprendre la raison pour laquelle la journée ou la semaine ont été contrariantes.


Finalement, il faut du temps et de la patience pour traiter avec des enfants qui ont des troubles du comportement. Il est important de se souvenir que la maturité ne peut pas être ordonnée. Ainsi, notre rôle en tant qu’adultes est d’offrir un environnement sécurisant et bienveillant pour nos enfants afin que les processus de développement innés se déroulent tel que prévu. Trouvons une solution pour faire en sorte que chaque soirée passée à la maison se déroule dans un climat qui inspire la joie et l’harmonie pour tous.


Dans son prochain éditorial, Eva poursuivra son analyse d’autres stratégies de gestion du comportement qu’il faudra peut-être reconsidérer, en particulier les systèmes numériques.

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