En vous souhaitant une quasi-exceptionnellement bonne nouvelle année!

Updated: May 30

Écrit par Tamara Strijack (6 janvier 2020)

Traduit par Nathalie Malo

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Nous subissons tellement de pressions (certaines sont exercées par autrui et d’autres sont auto-infligées) pour effectuer les choses « correctement ». En fait, l’arrivée d’une nouvelle année peut quelquefois susciter des sensations similaires puisque nous prenons des résolutions qui visent à améliorer notre nutrition, notre style de vie et notre santé physique et ce, en pratiquant davantage de sports. De plus, nous nous imposons des restrictions et nous privilégions des résultats spécifiques. En tant que société, nous excellons dans ce domaine et nous priorisons une mentalité qui est axée sur la performance à un très jeune âge.

Il importe de mentionner que j’étais l’une de ces enfants qui ressentaient cette pression interne qui les incitait à faire adéquatement les choses. Or, mes années à titre d’artiste furent de courte durée. À l’âge de 6 ans et ce, après avoir complété une année scolaire, j’ai compris rapidement qu’il existait une « bonne » (et donc, une « mauvaise ») manière de procéder, de sorte que je ne voulais pas compromettre mes chances. En outre, je ne désirais pas commettre d’erreurs ou risquer de me tromper, et c’est à ce moment que j’ai cessé de prendre des risques. Point final, j’ai opté pour la sécurité avant tout! Conséquemment, je suis restée dans les contraintes instaurées et je me suis conformée aux diverses règles établies et ce, à l’égard de tous les aspects de ma vie, mais spécialement lorsqu’il s’agissait des arts et de la musique.

Néanmoins, une trentaine d’années plus tard je suis tombée sur le livre « Moi, c’est moi ! » de Peter Reynolds. Cet ouvrage a été marquant pour moi, et je me suis facilement identifiée à ce jeune garçon qui adorait dessiner son monde pour finalement être jugé et critiqué par la suite. Malheureusement, ces commentaires néfastes ont réussi à censurer sa créativité. Pendant ce temps, sa sœur recueillait ses dessins qu’il jetait par terre. Ce faisant, elle est parvenue à créer sa propre galerie d’art froissé dans sa chambre. Par l’entremise du regard de sa sœur, ce garçon devient apte à percevoir ses dessins différemment. Bien que son vase n’était peut-être pas parfait ou tel qu’il l’avait imaginé, il était tout de même un « quasi-vase ». D’ailleurs, son bateau avait presque l’air d’un bateau, ses poèmes étaient malgré tout poétiques et son monde s’était ouvert soudainement devant lui et ce, tout comme le mien!

Subitement, j’ai eu un avant-goût de ce que pouvait représenter la liberté. Le fait de voir les choses telles qu’elles sont, et non comme elles le devraient, m’a ouvert une porte…un portail vers une nouvelle façon d’être au sein de mon univers. Dans ce dernier, il n’est pas question de bien ou de mal. Il s’agit plutôt de l’expression de la beauté et du chagrin et de tout ce qui se trouve entre les deux. Nous parlons d’un monde où nous prenons des risques, et où le processus s’avère être plus important que le résultat.


J’ai commencé lentement et sûrement à trouver des moyens de colorier à l’extérieur des lignes, et ce, tant au sens propre que figuré du terme. Inspirée par « Un bon point pour Zoé » (un autre livre de Peter Reynolds), j’ai confectionné des autocollants à points dans le but de colorer mes murs. En un mot, j’ai décidé de faire des collages de mes expériences en me poussant hors de ma zone de confort et ce, de manière à entrer en contact avec mon univers intérieur. Par conséquent, j’ai été en mesure de savourer un type de liberté que je n’avais pas connu auparavant.


Je souhaitais que mes enfants connaissent cette liberté et je voulais créer des espaces pour eux afin qu’ils puissent explorer leur monde sans être contraints par des attentes ou des jugements qui les paralyseraient. En effet, je me souviens à quel point j’étais enthousiaste à l’idée que ma cadette vive l’expérience de la maternelle, soit une opportunité de découvrir de nouvelles aventures d’une manière ludique et expressive. En d’autres termes, la possibilité d’expérimenter, de bouger, de chanter et de danser.


En une journée précise, j’ai pris l’initiative de faire du bénévolat dans la classe de maternelle de ma fille. Toutefois, cette petite école de campagne avait choisi de se joindre au mouvement de l’enseignement précoce et de faire venir des enseignants du primaire pour se concentrer prématurément sur les études et ce, dans le but de prendre de l’avance. En outre, j’ai remarqué que les objectifs sentaient fortement l’odeur de la performance et de la réussite. Par exemple, un certain matin, alors que des élèves de cinq ans étaient tous assis impatiemment autour de leur table (en ayant reçu la consigne explicite de ne pas bouger leurs jambes sous cette dernière), il leur avait été demandé de colorier une feuille de travail dont les éléments commençaient par la lettre A ainsi que de colorier en rouge le dessin d’une pomme.


Cet épisode est venu me chercher au plus haut point et a activé en moi des vestiges de mon enfance. Entre autres, j’ai eu le souvenir vivide de la petite fille qui se sentait contrainte de faire uniquement ce qui est juste et approprié. Malheureusement, j’étais plus que consciente des limites que cela représentait pour moi, et je pouvais sentir de nouveau la pression et le jugement engendrés par une telle situation.


Alors que j’étais bouleversée par ce souvenir particulier, toute mon énergie a voulu se mobiliser vers le garçon qui était à mes côtés et lui murmurer : « Tu peux colorier la pomme en violet si tu veux. »


Si nous nous attardons strictement aux performances et aux résultats, il est fort probable que nous perdions le cœur qui représente véritablement l’apprentissage (et la vie!). En fait, l’apprentissage consiste à s’émerveiller, à découvrir et à explorer notre environnement de même qu’à trouver de nouvelles façons d’entrevoir les choses. D’ailleurs, il nous est impossible d’apprendre adéquatement si nous évoluons dans un climat où règne la peur, le jugement et la coercition. Peu importe que nous ayons 5 ou 65 ans, nous devons nous sentir en sécurité pour prendre des risques et commettre des erreurs. De plus, nous avons besoin de liberté pour vivre pleinement et conformément à nos standards. Selon mon expérience personnelle, cette liberté conduit au bien-être ainsi qu’à la santé émotionnelle. En d’autres termes, elle nous permet d’atteindre notre potentiel en tant qu'être humain.


Et si nous estompions les limites de ce tracé que nous essayons ardemment de respecter? Qu’adviendrait-il si nous mettions moins d’emphase sur les résultats et les efforts mis pour les obtenir, et que nous accordions davantage de place à l’exploration et à la découverte? L'ironie de cette situation réside dans le fait que nous sommes nettement plus « productifs » lorsque nous jouons ou explorons, alors qu'il ne s'agit aucunement de « performer ».


Quand je songe à l’année qui vient, il me tient à cœur de trouver de nouvelles façons de vivre pleinement. Ainsi, j’aimerais peindre quelque chose qui ressemble à un arbre, écrire quelque chose qui est similaire à un poème (ou peut-être même à un livre!) et chanter une chanson qui s’approche de l’harmonie.


Bref, je veux faire en sorte que les enfants qui font partie de ma vie se sentent suffisamment en sécurité et libres de faire de même.


Voilà une toute autre résolution qui est digne de réflexion…

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